Affichage des articles dont le libellé est Un Jour en Suisse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Un Jour en Suisse. Afficher tous les articles

dimanche 23 septembre 2018

Le Petit Peuple



Zürich, le 31 août 1939

  
- Un petit peuple créateur de grandes œuvres !
Berthold donna un coup de canne sur le dossier de la chaise et apprécia le son net et clinquant que le métal rendait. C’était au moins la troisième fois qu’il répétait la devise de l’exposition en soupesant chaque mot, comme s’il en éprouvait la consistance.
- Cent pour cent aluminium !
Il s’installa sur le siège en écartant les jambes et en prenant soin de retrousser les canons de son pantalon. Puis il tendit le regard vers la rive opposée et la bande bleue du lac qui la soutenait. On distinguait même les Alpes glaronnaises avec un peu de neige sur leurs sommets.
Suite à découvrir ⏬

dimanche 10 décembre 2017

La princesse blanche


La guerre était une rumeur qui parvenait jusqu'à nous dans les nuits claires de l'été. Elle martelait nos rêves de sa voix grave. Quand toute la montagne retenait son souffle, nous savions que quelque chose se préparait de l'autre côté des Alpes. Je me souviens d'un soir d'orage. La pluie s'est mise à tomber. Son rideau dense nous laissait voir les éclairs qui se faufilaient à travers lui. Des seigneurs des ténèbres se sont mis à hurler à la mort, des avions emportés par le vertige de la tempête. Les flashes rouges des fusées d’éclairage les précédaient.

Suite à découvrir

mercredi 12 avril 2017

Un Jour en Suisse (2) - L'Enfant Seul

Cette rubrique contient des textes et nouvelles proposant un regard intimiste sur la Suisse du vingtième siècle. Ce texte en est le second volet:
Saint-Gingolph, 22 et 23 juillet 1944


Tout est si tranquille. Il n’a jamais pris conscience du calme qui règne dans la cuisine, un endroit où il a l’habitude de se trouver de passage, attiré par une odeur, une envie. Une place où il y a toujours quelque chose qui bout, qui mijote sous un couvercle. C’est une sensation qui culmine, quand on sait que cela sera bientôt prêt, que l’attente, la satisfaction d’un besoin et le rassasiement se succéderont dans un enchaînement naturel. Mais tout cela se confond en cet instant, se superpose, s’annule, devant cette impression de calme plat. Il voudrait lever les yeux pour interroger sa mère. Un simple regard de sa part suffirait pour lui signifier que tout est normal. Il sait que son absence est à l’origine de cette tranquillité qui à son âge lui fait peur. Il remarque pour la première fois le tictac de la pendule. Il scrute la pelure d’un oignon qui lui paraît si fine avec ce brun particulier. Le bébé ne pleure pas. Elle l’a emmené avec elle. Il sait qu’elle n’est pas partie pour longtemps et qu’elle reviendra. Quand il est rentré en courant dans la cuisine, il s’apprêtait à lui demander ce qui se passe. Car le calme est ce qui contraste avec la tension du dehors.
Il est sorti en fin d’après-midi pour aller jouer près de l’étang. Il n’a pas demandé la permission à sa mère. Pourquoi aurait-il dû le faire, alors qu’il a l’habitude d’aller et venir dans les parages, comme tous les autres enfants du village ? Peut-être parce qu’il pressentait qu’elle s’y opposerait cette fois. Il a vu les visages des adultes empreints de gravité, les hommes qui se concertaient et tardaient à rentrer à la maison, les femmes qui se tenaient aux aguets, accoudées aux fenêtres, échangeant des regards appuyés, au lieu de bavarder. On savait qu’il se passait quelque chose tout près d’ici, de l’autre côté de la frontière. Il a capté quelques propos dans la bouche des adultes. Ils sont pris… Cette fois, c’est fini… Il y aura des représailles… Quelle folie, quelle imprudence… On va tous payer à cause d’eux.

dimanche 26 février 2017

Un Jour en Suisse (1) - L'Histoire de l'Ours

Cette rubrique contient des textes et nouvelles proposant un regard intimiste sur la Suisse du vingtième siècle. Ce texte en est le premier volet:

L'Histoire de l'Ours

On raconte que, au mois de mars 1935, un ours s’est échappé de la fosse à Berne et qu’on l’a retrouvé devant l’échoppe d’un charcutier. Le père de Rüdi se plaisait à raconter cette histoire en l’édulcorant à sa façon. Le plantigrade se serait dressé sur ses pattes arrière, faisant docilement la queue avec les ménagères pour réclamer sa part de Bratwurst. De là est née l’image de la bête sauvage qui se tient dans cette posture, un peu contre nature, et avance d’un air hagard, quand Rüdi pense à ces années-là.
Son père lui a appris à marcher droit. Cela voulait dire se tenir droit, bien sûr, mais aussi adopter une certaine posture. Déterminée et à la fois désinvolte, avec les mains dans le dos, le poing à demi-fermé. Marcher sans dévier de sa trajectoire, cela va de soi, ce qui n’empêchait pas de regarder autour de soi, en gardant l’esprit libre, la tête en mouvement pour saluer, acquiescer au babillage de la vie.